A l’heure où le la crise du coronavirus (COVID-19) impacte le quotidien de notre personnel soignant, nous avons été récolter leurs témoignages. À travers leurs histoires, nous avons cherché à vous plonger au cœur de leur quotidien.

Nous avons donc été interviewer plusieurs personnes membres du personnel soignant. Ces témoignages prennent la forme de vidéos pour la plupart, mais aussi d’interview écrites comme c’est le cas pour l’interview de Karen qui suit.

Salut Karen ! Peux-tu commencer par te présenter ?

Salut Lik ! Je suis Karen Newby. J’ai 61 ans et je suis infirmière libérale et infirmière coordinatrice d’une maison de santé pluriprofessionnelle au sud de la région parisienne, à Meudon plus précisément. Aujourd’hui, je coordonne une équipe de 7 infirmières. J’ai 42 ans de métier. J’ai connu les années sida. J’ai fait de l’humanitaire dans le domaine des soins palliatifs qui est ma spécialisation, au Népal et en Inde. J’ai également été au Népal lors du séisme en 2015. 

Pendant cette crise, comment fais-tu pour garder ton sang froid ? 

Je n’ai pas de sang froid, ça n’existe pas. Si on avait du sang froid, on ne serait ni performant ni efficace parce que nous sommes des êtres humains et que nous avons une mission. Par contre, nous essayons de prendre de la distance. Nous gérons le quotidien avec une mission très précise qui nous a été confiée par les institutions sanitaires, c’est-à-dire de protéger à domicile les plus vulnérables et de soigner les patients infectés par le covid-19. Donc comment faire ça ? Nous avons beaucoup de difficultés car nous ne sommes pas habitués. On parle toujours du caractère inconnu de cette crise : la distance de sécurité approximative que nous devons maintenir, la durée de cette crise.. Donc le stress, j’ai deux principes. Le premier est que tout soignant a envie de soigner le monde. Malheureusement, on ne peut pas sauver le monde à notre niveau. Il faut donc accepter que nous avons des moyens, des ressources personnelles, immatérielles et financières… et on fait ce que l’on peut. Comme a dit Churchill, on fait son mieux avec ce qu’on a pour ceux qui en ont besoin.  

Le deuxième principe c’est d’accepter de ne pas pouvoir tout gérer. Je gère aujourd’hui et demain, c’est un autre jour. Demain, je gèrerai demain. Aujourd’hui, je gère sans penser à demain. J’essaie de me protéger du stress des autres. Je suis à l’écoute, je suis présente mais je ne me laisse pas aspirer. 

Tu manages une équipe d’infirmières. Comment la crise a impacté votre organisation ? 

La crise a chamboulé notre organisation et nos pratiques. Il y a trois cabinets avec chacun leur patientèle. Pour éviter des tensions et répondre à la crise, nous nous sommes interrogés sur comment remplir notre mission qui est de protéger les vulnérables et de soigner les malades du covid-19. Mais pour des risques de contamination, une infirmière ne peut pas faire les deux. Nous avons donc créé deux groupes. Une équipe est dédiée aux patients vulnérables et ne va jamais chez des personnes contaminées. L’autre équipe est en charge des patients touchés par le covid-19, une équipe protégée avec les équipements nécessaires récupérés par des dons. Nous avons créé des kits d’intervention. 

Cette crise est marquée par son caractère inédit. Personne ne sait. Il n’y a pas de modèle, donc on invente. On accepte l’incertitude sans culpabiliser. On a fait des réunions avec les médecins pour leur présenter notre protocole et dire qu’ils peuvent y participer. Nous travaillons de manière très étroite avec les médecins et nous avons des retours très positifs. Nous recevons des messages de leur part nous remerciant pour notre organisation. 

C’est une méthode que nous allons conserver après cette crise. Nous sommes passés d’une situation un peu chaotique pour les indépendants avec des ordres et des consignes qui changeaient très régulièrement à une situation bien plus fluide et une meilleure communication entre les différents acteurs de la santé. Lors de mes réunions hebdomadaires avec mes équipes, je répètes les objectifs et je questionne. Est-ce quelqu’un parmi nous, a été contaminé par le covid-19 ? Est-ce qu’un de nos patients a été contaminé ? A chaque réponse négative, nous avons atteint nos objectifs. On peut donc se féliciter. L’ambiance s’améliore dans l’équipe et j’espère que cela va continuer. Il y a toujours des petites résistances au changement, certainement à cause de la peur de se faire diriger vers là, où on ne veut pas aller. Mais j’ai bon espoir sur une meilleure coordination entre les acteurs de la santé. J’ai d’ailleurs eu hier une réunion avec les médecins de la clinique au sujet de la sortie des patients. J’espère avec cette crise va pouvoir créer un parcours de santé pour les patients qui entrent à l’hôpital, de l’entrée au suivi après la sortie. 

En tant que manager, comment rassures-tu tes équipes ? 

Je commence toujours une mission avec des objectifs réalistes et à chaque fois je souligne que ces derniers ont été atteints. Ensuite, j’essaie de les rassurer avec de l’humour. Je suis britannique comme tu peux l’entendre, j’ai donc un humour très british. J’essaie de soulager l’ambiance avec mes blagues. Cela ne fonctionne pas toujours, certains sont plus ou moins sensibles. Mais bon, voilà je tente ! 

Comment tu envisages l’avenir ? 

J’ai entendu le Ministre de la Santé récemment dire que le système de santé allait changer. Pour moi, le monde avait besoin de cette crise. Je suis désolée de le dire. Nous avions besoin d’un élément qui nous apprenne à arrêter. Je pense que tout va changer par la suite. Je ne sais pas comment. Je reste très positive. Je pense à la jeune génération et je veux leur dire que je compte sur eux pour faire le nécessaire. Moi, j’ai donné. Cela fait 42 ans que je suis disponible. Je le reste mais c’est aux jeunes de se mobiliser et de faire avancer les choses. 

As-tu un dernier mot pour la communauté Lik ? 

J’ai qu’une chose à leur dire pendant cette période de confinement, jetez votre télévision par la fenêtre !

Pour trouver nos autres contenus sur le sujet, nous t’invitons à télécharger l’application et à aller consulter le dossier “Immersion à l’hôpital”.

Sur le thème de la crise du COVID-19, nous avons aussi récolté les témoignages de personnes confinés pour savoir comment elles vivent la situation. Tu peux par exemple consulter l’interview de Catherine sur sa mise en quarantaine.