Comment passer du fond du gouffre à Station F en pleine crise de Coronavirus ?

En octobre dernier, nous avons créé Lik avec une conviction inébranlable : il faut changer le monde du travail en profondeur, et vite.

La vie était segmentée en trois phases : l’apprentissage, le travail, et la retraite. Ce n’est plus le cas. Aujourd’hui, pour suivre le rythme du changement, nous devons devenir ce que nous appelons “des éternels apprenants”. Des personnes qui non seulement aiment apprendre, mais qui en plus en ressentent le besoin constant. Ces personnes, indépendamment de leur âge et de leur secteur d’activité, seront les leaders et les – attention mot à la mode – disrupteurs de demain. Nous voulons les faire émerger.

Les éternels apprenant n’apprennent pas à l’école. Ils apprennent en s’inspirant de ce qui se fait autour d’eux et en discutant avec leurs pairs. L’échange et le partage sont la clef d’un monde renouvelé, qui fait fi des règles, des codes, et des cultures d’entreprise de l’ancien monde. 

Notre volonté d’agir était tellement forte que nous nous lancions sans business model. Nous voulions d’abord rassembler ceux qui avaient la même volonté que nous, et nous nous donnions 6 mois pour penser au volet économique… Ce qui nous amènerait à avril 2020. Nous aurions ensuite 6 mois, jusqu’à l’automne, pour pérenniser l’entreprise.

À l’aube du confinement, début mars, nous comptions déjà plus de 2500 téléchargements.  Plusieurs dizaines de tournages étaient programmés. Une nouvelle version de l’application allait sortir le 21 mars… et une dizaine d’entreprises discutait avec nous pour d’éventuels contrats. Nous avions même un accord de principe avec celle qui aurait été notre premier client !

Nous n’avions pas anticipé que la veille de la sortie de notre nouvelle version de l’application et de notre offre B2B, sur lesquelles nous avions travaillées pendant des mois, une pandémie mondiale allait nous frapper de plein fouet et arrêter l’économie du jour au lendemain. 

Une crise sans précédent aux airs de guillotine pour Lik  

Pour tous secteurs confondus, la covid-19 annonçait des troubles, des pertes et des mois difficiles. Chez Lik, ce virus signait la fin de notre histoire. 

Le nerf de la guerre ? Il nous restait 6 mois de cash. Plus aucun client. Toutes les discussions annulées ou reportées “post-covid”, soit quand nous aurions mis la clef sous la porte. Même l’accord de principe s’envole avec la situation exceptionnelle car “on doit surveiller notre trésorerie dans cette incertitude”, “ce n’est pas le moment de lancer de nouveaux projets”. Nos perspectives de croissance et de pérennité prenaient le large. Clairement, cela sentait le roussi pour Lik. 

Mise en place en février, la machine de production de contenus elle-même, était à l’arrêt. Nous avons été coupés dans notre élan. Je vous laisse imaginer la frustration. Comment aller à la rencontre de nos contributeurs, les filmer, si tout le monde est consigné chez soi ? Cette crise nous retirait finalement ce que nous pensions être notre mission : aller à la rencontre de pépites et mener des interviews bien ficelées. Nous étions coupés de notre matière première : l’humain. 

Le collectif aussi a pris un sacré coup. Il fallait déjà gérer nos propres angoisses à l’échelle individuelle et ensuite collective. Chacun craignait un peu pour sa santé, beaucoup pour celle de ses proches les plus à risque. Les annonces dramatiques et le rappel du nombre croissant de décès au quotidien n’aidaient pas. Tous les efforts fournis depuis des mois partaient en fumée. Oui, clairement, nous entrions dans un cauchemar.  Etait-ce la fin de l’aventure ? Allions-nous mettre 10 personnes au chômage ? 

Secourus par notre volonté d’aider

Alors que fait-on ? Pendant de longues journées, cette question a agité toute l’équipe. De manière presque entêtante. Deux options s’offraient à nous : arrêter ici ou revenir à ce que nous faisions le mieux, aider les autres. Quelle période, autre qu’une crise, peut être aussi propice à l’entraide ?  C’est à partir de là que nous avons commencé à regarder la situation autrement. À faire ce que nous aimons vraiment : casser les codes.

Cette crise a eu l’effet d’un bulldozer sur les méthodes de travail, sur les craintes et les aprioris. La covid-19 a réussi à faire ce qui nous aurait pris des mois voire des années : faire évoluer les mentalités. De manière très ironique, notre instinct de survie nous pousse à trouver des synergies avec un virus. En effet, Lik a pour ambition depuis le début, de bouleverser le monde du travail. Cette pandémie, en l’espace de quelques jours, a forcé les organisations, de toutes tailles, à revoir non seulement leur manière de travailler mais également à questionner leur raison d’être.  

Finalement, quelle belle opportunité que d’accompagner cette transition (forcée) vers un nouveau monde du travail ! 

Lik 3.0, un pas vers le futur 

Avec notre application et notre tchat anonyme, nous étions aux première loges de ces évolutions. Les questions sur le télétravail et le management à distance se sont multipliées. Plus surprenant, nous avons également reçu de nombreux témoignages sur les inquiétudes, les remises en question, et les réflexions sur les raisons d’être personnelles. Lik a pris tout son sens en accompagnant ces personnes. Et que ce fut bon ! Nous avons reçu plusieurs centaines de messages de remerciements à toute heure du jour et de la nuit. Nous savions pourquoi nous travaillions. Vous nous avez aidé à vous aider. À mon tour de vous remercier.

Mais restons honnête. La crise a renforcé notre intention originelle mais cela ne s’est pas fait sans douleur. Nous nous sommes nous-mêmes métamorphosés. La première étape a été de faire face à la dure réalité. Analyse des décrets au quotidien, négociation de loyer pour les bureaux, ré-échelonnage des emprunts, fonds de solidarité, report des charges sociales. Il a même été impératif de mettre l’équipe pendant un temps au chômage partiel, quand les fondateurs qui n’y avaient pas droit tenaient la baraque en se rémunérant le minimum vital pour ne pas peser sur les finances de l’entreprise (15k € brut annuel). Il fallait préserver la trésorerie pour passer l’été. Voyant l’effort collectif, même nos prestataires ont joué le jeu en nous facturant d’eux-mêmes seulement 50% du montant initial. Merci à eux. 

Cette pause a été compliquée pour l’équipe, notamment la distance qui s’est installée entre nous. La “task force Lik” s’est retrouvée un temps inanimée.

Le deuxième challenge a été de repenser la machine de production. Nous avons à coeur la relation que nous entretenons avec nos contributeurs. Ils sont le coeur du réacteur Lik. Nous sommes la mine d’or, ils sont nos pépites. Nous sommes pleinement conscients que passer devant la caméra Lik requiert un don de soi, de son temps, de son histoire et de son apprentissage. Comment recréer cette connexion, cette alchimie dont découlent ces confidences ? Tout a été déconstruit puis reconstruit différemment. Le confinement a été l’occasion de quitter les travers de l’urgent et de se recentrer sur l’important.

Jamais nous n’avons été aussi créatifs : de nouveaux formats, une nouvelle ligne éditoriale et surtout de nouveaux objectifs. Nous avons été contraints de réaliser nos interviews à distance. Nous ne le savions pas encore, mais paradoxalement, c’était un cadeau. Non seulement nous gagnions un temps infini en déplacements en moins, mais en plus, le confinement et le télétravail forcé ont rendu acceptables des contenus réalisés ainsi. Tout le monde y a été accoutumé, que ce soient nos contributeurs ou nos fans. Des coûts en moins, du temps en plus, que demande le peuple !

Nous avons remis notre intention à sa juste place, au coeur de notre travail. Est-ce que nos problèmes de trésorerie ont été résolus ? Pas encore, mais c’est en (très) bonne voie. Et notre audience ? Nous avions 2500 téléchargements mi-mars. Fin mai, après avoir rendu nos contenus accessibles depuis un navigateur et sur tous nos réseaux sociaux, nous avions 7500 téléchargements de notre application. Mais surtout, nous avions touché 200 000 personnes sur tous nos canaux ! Est-ce que Lik peut échouer ? Nous en sommes désormais persuadés : non. 

Cette épreuve a consolidé non seulement notre raison d’être mais également la confiance de chacun des membres de l’équipe dans le projet. 

A la fin de ce confinement, nous retenons que Lik et sa mission se font de plus en plus entendre. Aujourd’hui, de grands noms veulent casser les codes avec nous : Laure Closier, Maud Bailly, Oussama Ammar, Isaac Getz, Stéphane Distinguin, Emmanuelle Duez, Quentin Périnel et tant d’autres ont témoigné dans Lik pour vous partager leurs expériences. Conscients de nos forces et des valeurs que nous portons, nous sommes convaincus d’être sur la bonne voie, celle de la résilience. Si mars 2020 avait des airs d’agonie, juillet prend les couleurs du printemps. Nous signons un nouveau départ, encore plus fort. Nous faisons notre rentrée ce 1er juillet au Founders Program de Station F avec toujours le même objectif : construire le monde du travail de demain.