Le courrier du manager – Cette semaine, Adèle offre ses conseils à Thomas, qui ressent une perte de sens et ne souhaite pas reprendre sa vie d’avant confinement. Il s’interroge sur son futur et le vide qu’il peut ressentir. En quête d’une raison d’être héroïque, Thomas ne sait pas comment avancer.

Chez Lik, nous souhaitons t’offrir un espace d’expression supplémentaire. Tu vas pouvoir raconter tes histoires, avec leurs nuances et leurs complexités. Pas de tabou ! Sens toi libre de nous écrire à coeur ouvert. Adèle te répond. Elle n’est ni médecin, ni psy, ni même coach. Adèle, c’est un peu la bonne copine qu’on rêve d’avoir !
N’hésite pas à lui écrire à adele@ouispoon.fr

Bonjour Adèle, 

J’espère que tu vas bien ainsi que ta famille. Cela fait un moment que tu n’as pas publié un petit courrier. Tu as dû en recevoir un certain nombre avec cette crise ! Je t’écris Adèle parce que la fin du confinement approche et je ne suis pas certain de vouloir reprendre ma vie d’avant. 

Qu’est-ce que ma vie d’avant ? C’était une course effrénée. Travail, verres entre collègues, verres entre amis, déjeuners familiaux, sortie entre amis. Rien de fou. Mon travail représente 80% de mon temps de vie. Je suis ingénieur d’affaires. J’avais donc un agenda avec énormément de rendez-vous, d’appels et de déjeuners. Je ne voyais pas le temps passer. Ma compagne a un rythme similaire au mien. Nous sommes donc assez tolérants sur les longues journées  et les retours tardifs à la maison. 

Est-ce que j’aime mon métier ? Je ne sais pas, je ne pense pas m’être posé la question. Tout va à une vitesse folle. Je crois que tout repose sur ce sentiment de course, qui a l’effet d’une drogue. J’étais dans un flou permanent, avec l’incapacité de réfléchir et de questionner mon univers.  Finalement, ma vie ne tenait qu’à ce rythme. J’ai été spectateur de mon quotidien. Si tu veux savoir ce qui me choque le plus, c’est qu’une pandémie a été nécessaire pour que cela s’arrête. 

Je trouve ça assez fou, si on réfléchit bien. J’étais tellement déconnecté que le monde a dû cesser de tourner pour me réveiller. Je vis mal ce réveil. J’ai l’impression d’être un homme fragile. Je n’avais pas du tout ce type de considérations. Je suis très angoissé par le temps que j’estime perdu et maintenant terrifié par l’après. Il faut également savoir que je culpabilise et je me trouve risible. J’ai le sentiment d’avoir des problèmes de bourgeois, d’être la caricature du citadin qui souffre d’une introspection trop violente et qui vient de prendre conscience du vide de sa vie. 

Et après ? Ok, je me sens mal. Inutile même. Je ne sauve pas des vies. Face à cette pandémie, je me suis même posé la question “en temps de guerre à quoi je servirais ?”. Rien. Toujours rien, le vide. Mon corps de lâche ne serait pas d’une très grande aide à la nation. Je ne suis pas non plus un génie. Je ne trouverai donc aucun traitement ni vaccin pour secourir l’espèce humaine. Moi aussi, je veux qu’on me dise merci ! Pourquoi ? Comment ? J’en ai aucune idée. 

Tu comprendras Adèle que je ne souhaite pas revenir au monde d’avant. Cela n’aurait aucun sens pour moi.  Je ne sais pas quelle direction prendre. As-tu des conseils pour sortir de cette crise existentielle ? 

Thomas


Salut Thomas, 

Je tiens à te remercier pour ton message ! Visiblement, nombreuses sont les personnes qui attendent beaucoup de l’après confinement. Je tiens d’abord à te rassurer, tu n’es pas le seul à vivre ce moment de flottement, de vide et de questionnements. La période a été rude et brutale. 

A la lecture de ton courrier, j’ai été parcourue par un florilège de sentiments, de la colère au rire. Oui, j’ai reçu de nombreux courriers sur ce que tu appelles une crise existentielle. A chaque fois, j’ai été saisie par la même réflexion sur cette posture du héros, en quête d’un merci. Je ne vais pas mâcher mes mots avec toi, Thomas. Je ne crois pas en cette posture. Cette crise, ces questionnements ne sont que le reflet de notre déconnexion à notre nature profonde, notre humanité. Tu souhaites obtenir un merci ? De la reconnaissance ? Je  peux t’assurer que tu n’as pas besoin d’être un médecin ou encore un génie pour cela ! Il suffit de sourire de temps en temps aux gens que l’on croise dans la rue, d’aider son voisin, d’avoir une parole réconfortante, de tendre l’oreille, …. Bref, renouer avec son humanité. Je ne crois pas que les individus qui se questionnent aujourd’hui vont se transformer en super héros, sauveur de l’humanité.  Je suis persuadée que nous n’avons pas besoin de héros tant que nous avons des êtres humains. 

Je pense que tout est question d’intention. J’ai récemment écouté les interviews de médecins tournées par Lik. Cela a été très éclairant. Deux jeunes médecins ont pris la parole et ont tenu un même message. La crise a confirmé leur choix de carrière et finalement renouvelé leur intention. Avant cette crise, ils souhaitaient être docteur. Avant cette crise, ils aidaient et sauvaient les autres. L’intention était déjà présente. Ils ont donc fait des choix, notamment 8 ans d’étude pour la réaliser. Pour répondre à ton souhait “je veux qu’on me dise merci”, ma réponse est très claire. Il y a des millions de façons d’en obtenir Thomas et toutes sont à ta portée.

Thomas, je crois que tu as compris que j’ai une foi immense en l’être humain, dans toutes ses nuances et sa complexité. J’ai horreur de cette idée de héros qui fait culpabiliser les uns, déresponsabilise les autres, sous prétexte qu’ils ne sont pas capables. Je déteste également cette hiérarchie des métiers. Aujourd’hui, on porte aux nues les infirmières, alors qu’hier encore elles se battaient seules pour une valorisation de leur salaire. Elles font pourtant toujours le même métier et avec la même dévotion et intention. Il en va de même pour les caissières, les éboueurs, les agents d’entretien, etc. Quelle sera la tendance de demain ? Les individus sont des êtres d’oubli et j’ai peur que cette prise de conscience générale soit éphémère. Qu’en sera-t-il de la tienne ? 

Je souhaite souligner ici l’instabilité des jugements, du regard des autres. Il est impératif Thomas que tu te concentres sur toi, ton propre regard et que tu agisses pour toi. Je ne peux pas identifier les causes de cette crise existentielle à ta place. Est-ce dû au confinement, à cette période anxiogène, le changement de rythme et d’environnement de travail ? C’est certainement un mélange de tout cela. Tu m’écris que tu ne souhaites pas revenir à cette vie d’avant ? Que pointes-tu ? Est-ce le Thomas qui ne prenait pas le temps de réfléchir, ton travail, ton hygiène de vie ? Que souhaites-tu changer ? Répondre à ces questions va prendre du temps et je te souhaite de toujours t’interroger sur ce que tu fais et pourquoi surtout. Finalement, j’ai l’impression que c’est l’unique moyen de rester connecté et d’être aligné avec soi-même.  

Enfin, je pense que tu ne dois pas avoir honte de ces questions. Non, tu n’es pas un homme fragile ni un affreux citadin égocentrique. Tu vis un désalignement. Comme tu l’expliques très bien, tu ne prenais plus le temps de te questionner. J’ai également connu cette drogue, cette vie effrénée. Le retour à la réalité, car il y en a toujours un, est souvent douloureux. L’environnement t’a fortement encouragé à arrêter net ce rythme.  Je reste persuadée qu’avec ou sans cette crise, tu aurais fini par vouloir faire une pause.

Mon dernier conseil est de te concentrer sur les prochaines étapes et sur tes envies sans comparaison inutile. J’ai peut-être un exercice qui peut t’aider ! C’est un schéma japonais qu’on appelle Ikigai qui permet de trouver “sa raison d’être”.  L’idée est de trouver des synergies entre ce qui t’anime, ce que tu es capable de faire et ce dont le monde a besoin. Je t’invite sans attendre à prendre une feuille et un stylo. Je t’encourage également à le faire avec humilité et honnêteté. Pas d’héroïsme. L’objectif est de trouver ce qui te convient de manière totalement décomplexée sans prendre en considération de potentielles attentes sociales ou autres !  

J’espère que cet exercice t’aidera à y voir plus clair ! Je te souhaite de traverser cette crise personnelle et de trouver la paix. 

Si tu as d’autres questions, tu peux toujours m’écrire. Il y a également l’application Lik dans laquelle tu peux écrire à un pool de top managers qui t’offrira plusieurs éclairages sur des situations du quotidien. 

Adèle

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