Le courrier du manager – Cette semaine, Adèle offre ses conseils à Sophie qui a raté sa prise de poste et son intégration à son équipe. Cette situation est pesante pour Sophie qui vient d’arriver sur un poste de manager, une nouveauté pour elle, et qui éprouve des difficultés à assumer son rôle.

Chez Lik, nous souhaitons t’offrir un espace d’expression supplémentaire. Tu vas pouvoir raconter tes histoires, avec leurs nuances et leurs complexités. Pas de tabou ! Sens toi libre de nous écrire à coeur ouvert. Adèle te répond. Elle n’est ni médecin, ni psy, ni même coach. Adèle, c’est un peu la bonne copine qu’on rêve d’avoir !
N’hésite pas à lui écrire à adele@ouispoon.fr

Bonjour Adèle !  

Je m’appelle Sophie. Je t’écris car j’aurais bien besoin de tes éclairages. Je m’explique… Récemment, j’ai obtenu un nouveau poste dans une super startup. Je suis ce qu’on appelle une “jeune cadre dynamique” et on m’a offert le poste de mes rêves. On m’a embauchée pour structurer une équipe de commerciaux en pleine croissance. Je devais être directement formée par les fondateurs (la réalité a été autre).  Mon onboarding doit durer entre 6 et 9 mois. Il y a également des enjeux de formation au niveau des produits, assez nombreux et complexes. 

Je tiens à préciser qu’auparavant je n’ai jamais managé. C’est donc une première pour moi. En ce moment, je travaille en binôme avec un ancien de la boite pour gérer cette équipe. L’idée est donc de gagner en autonomie sur le poste au fil des mois. Cela fait maintenant 4 mois que j’y suis et je perds complètement pied. Laisse-moi t’expliquer comment cette super proposition de job sur le papier est devenue un enfer à vivre. 

Commençons par les points positifs, j’ai rapidement appris à maîtriser les produits. Je m’entends super bien avec mon binôme, j’admire le business model et ses fondateurs. J’éprouve beaucoup plus de difficultés avec les missions managériales de mon poste. Il me semble important de faire un point sur l’équipe, composée d’une dizaine de personnes très jeunes (20 – 25 ans). Leurs profils et leurs niveaux sont assez hétérogènes. L’ambiance est complexe et est propre à l’équipe commerciale. J’ai l’impression qu’il existe deux cultures d’entreprise.

Certains éléments cultivent une immaturité malsaine et les conflits éclatent très régulièrement. Je me sens complètement à l’écart de ce groupe car sa dynamique est à des kilomètres de ma personnalité. J’ai souvent l’impression d’être la marâtre à rappeler les horaires ou le niveau de langage à tenir face aux clients. Mon binôme s’en sort bien mieux et semble être bien plus accepté. Il sympathise et a le respect de l’équipe. Je me sens d’autant plus rejetée. Je suis partagée car au fond je suis soulagée de ne pas prendre part à un groupe de personnes qui sont à l’opposé de mes valeurs. 

J’ai essayé d’évoquer mes difficultés avec les fondateurs. Je n’ai pas l’impression qu’ils saisissent l’importance de mon malaise. Plusieurs conflits ont déjà explosé. Je subis les journées. Si je suis animée par les enjeux stratégiques de l’équipe, je suis démoralisée par sa réalité opérationnelle. Je songe sérieusement à démissionner. Adèle, tu es un peu mon dernier espoir. Est-ce encore possible de rattraper cette situation qui me pèse et de m’affirmer comme manager dans une équipe que je juge malsaine ? 

Désespérément, 
Sophie 


Chère Sophie !

Bravo pour ton nouveau job ! Merci de partager ton histoire, ce que tu vis ne semble pas évident. Tu sembles déjà avoir d’excellents réflexes. Ne pas être seule et chercher de l’aide. C’est une excellente démarche. Je te remercie également pour ton honnêteté. Commencer sa carrière, trouver sa voie et sa place dans une entreprise, c’est quelques chose d’assez complexe.  J’ai mis très longtemps à trouver un endroit dans lequel je suis à mon aise et qui me donne envie de revenir tous les matins. Il ne faut pas baisser les bras. 

Pour commencer, je vois que tu essaies de souligner des points positifs dans cette situation. Je salue cette capacité à valoriser certains éléments dans une mauvaise passe ! Je pense que la première étape est d’approfondir ton questionnement. Tu parles de tes valeurs. Quelles sont-elles ? Être au clair sur ces points va te permettre de définir un cercle de fondamentaux que tu juges indispensables et va te permettre de trancher. Quelles sont tes limites ? Dans quel cadre de travail souhaites-tu travailler ? 

Être au clair avec toi-même va te permettre de ne pas prendre les choses personnellement et ne pas te sentir rejetée. Il est commun dans la vie courante de ne pas s’entendre avec des personnes et d’avoir un socle de valeurs différent. Cela ne pose aucun problème, tant que la tolérance est présente.

Pour un manager, ce travail est aussi essentiel pour être en phase avec soi-même et ne pas subir de frustration. “Etre leader de soi, pour être leader des autres”. Alors Sophie, je t’invite à prendre le temps de te poser les bonnes questions. Manager une équipe est une grande responsabilité. Or, c’est surtout perçu comme une reconnaissance sociale, une grande étape dans une carrière. Mais au delà des dynamiques personnelles, c’est une mission principalement tournée vers l’autre. Cela nécessite donc d’avoir une véritable volonté d’être au service des autres et/ou d’un projet. C’est bien plus qu’une gratification. 

Après cette petite introspection, je pense que tu y verras plus claire. Si tu choisis de poursuivre, il est impératif de faire appel à ton binôme et aux fondateurs. Tu ne dois plus subir. Si tu ressens un malaise, si tu as des difficultés, il faut en parler. N’hésite pas à dire que tu te sens démunie et que tu ne te sens pas accompagnée. Je le répète, manager ne s’improvise pas. 

Par ailleurs, tu sembles avoir remarqué des différences de culture d’entreprise. Ton point de vue peut être un vrai plus pour les fondateurs. Tu les aides en partageant tes retours. Je le dis souvent à mes collègues : un feedback est un cadeau. Je suis certaine qu’ils seraient ravis d’avoir ton analyse mais aussi tes pistes de solution. C’est aussi ton rôle, il ne faut pas hésiter. Je te recommande de tirer au maximum profit de tes difficultés. Car si tu en as, d’autres les auront. Ton équipe et tes supérieurs ne pourront être que satisfaits de ta démarche qui témoigne de ta capacité à te remettre en question mais aussi de ta volonté de progresser. 

Enfin, il y a l’option “s’arrêter”. Il ne faut pas avoir honte ou vivre cela comme un échec. Tu as le droit de ne pas accepter certains environnements de travail.  Tu as le droit d’être exigeante. C’est à toi de définir tes limites et de choisir tes combats. Je ne peux encore que t’encourager à communiquer et être transparente sur les raisons de ton départ si tu choisis cette option. Encore une fois, ton feedback serait un cadeau qui aiderait les fondateurs pour la suite. Parler permet de dédramatiser, mais démissionner n’est jamais anodin. J’imagine que ce serait une première fois pour toi !

Je pourrais encore te dire beaucoup de choses, Sophie. Mais la décision te revient. L’ultime conseil que je souhaite te donner, c’est de ne pas rester dans cette situation. Aller au travail devrait t’enthousiasmer et non être une source de stress. Pour finir, il est impératif de comprendre que ton travail ne définit pas la personne que tu es, alors ne vis pas cela comme un échec. Ne t’isole pas. Au contraire, échange, demande de l’aide. Tu trouveras des milliers de personnes qui ont connu des situations similaires, moi la première ! 

Quel que soit ton choix Sophie, je te souhaite de t’épanouir dans ta vie professionnelle. 

Si tu as d’autres questions, tu peux toujours m’écrire. Il y a également l’application Lik – Learning is king dans laquelle tu peux écrire à un Pool de top managers qui t’offrira plusieurs éclairages sur des situations du quotidien. 

Adèle de Lik