Le courrier du manager – Cette semaine, Adèle offre ses conseils à Léa dont le quotidien au travail vire au cauchemar. Un collègue perturbe l’équipe et attise les conflits. Après de multiples confrontations, elle ne sait plus comment agir. La situation a dérapé et elle songe à poser un ultimatum à son manager.

Chez Lik, nous souhaitons t’offrir un espace d’expression supplémentaire. Tu vas pouvoir raconter tes histoires, avec leurs nuances et leurs complexités. Pas de tabou ! Sens toi libre de nous écrire à coeur ouvert. Adèle te répond. Elle n’est ni médecin, ni psy, ni même coach. Adèle, c’est un peu la bonne copine qu’on rêve d’avoir !
N’hésite pas à lui écrire à adele@ouispoon.fr

Je t’écris car mon quotidien au travail devient très compliqué. Je suis commerciale pour une plateforme de service à domicile. L’équipe comprend une douzaine de personnes.  L’âge moyen est autour de 27 ans. Je tiens à le préciser parce que tu risques d’être surprise par ce que je vais te raconter. Tu pourrais croire que je parle d’un groupe d’enfants. 

Je ne vais pas y aller de main morte. Je suis fatiguée par cette ambiance et par un collègue en particulier. Je ne sais pas si tu as connu ce collègue, nocif, qui pense que tout lui est permis et qui brille par son manque de savoir-vivre. On se demande qui s’est chargé de son éducation ! 

Je vais l’appeler Thomas. 

Thomas est dans cette même boîte depuis 3 ans. Il fait partie des “anciens”. C’est d’ailleurs un argument qu’il sort à chaque conflit. “Je suis là depuis 3 ans, je n’ai pas eu un problème. C’est pas elle qui va me prendre la tête”. Oui, parce que Thomas est à peu près dans tous les conflits. Il n’a aucun respect. Il fait profil bas uniquement avec le big boss. Peut-être parce que c’est un homme. Étrangement, des tensions se créent principalement entre lui et les filles de l’équipe. Moi en particulier. Nous sommes arrivés à un point de non retour. Nous refusons de communiquer ensemble. Parce que c’est parti loin, beaucoup trop loin. 

A mon arrivée, il y a un an et demi. Thomas semblait inoffensif, presque sympathique. Il m’aidait quelques fois avec des prospects compliqués. Il y a maintenant 6, 7 mois, il a commencé à se montrer grognon, silencieux, à l’écart du groupe. La cohésion de l’équipe n’est pas folle, mais elle est à mes yeux suffisante. Mais revenons à Thomas ! D’un jour à l’autre, il a arrêté de dire bonjour le matin, voire commencé à être désagréable. Ensuite, il a commencé à faire des remarques, des critiques désobligeantes. Je n’ai pas ma langue dans ma poche et c’est une chose qu’il n’apprécie pas. 

Il y a eu quelques éclats mémorables. Nous partageons sur whatsapp un groupe pour communiquer les informations, animer l’équipe, se faire des blagues. Se trompant de conversation, il partage à l’équipe son opinion sur une de nos collègues, qu’il traite de “beurette”.  Ce fut un clash mémorable. 

Avec moi, c’est une sorte de défiance constante, un rapport de domination. Je le perçois comme ça. Il nous est arrivé de nous disputer. Il s’est alors rapproché de moi pour m’intimider. Thomas, c’est un peu le stéréotype du mâle qui cherche à prouver sa virilité à chaque occasion, à coup d’honneur et de parole d’homme. J’ai rarement vu quelqu’un avec autant d’insécurité. Son égo est gonflé par le vide comme son caleçon. 

Je suis épuisée. Je deviens violente, je ne me reconnais plus. Je n’ai pas envie de me laisser marcher dessus par un homme des cavernes. D’un autre côté, j’ai l’impression d’être dans une impasse. Je pense à poser un ultimatum à mon manager : l’un de nous deux devra partir. J’ai peur de la réponse. C’est un bon commercial qui ramène un chiffre d’affaire assez conséquent. 

Hâte de te lire. 
Léa


Bonjour Léa, 

Ton message m’a littéralement happée. Tu sembles totalement démunie par la situation. 

Mon premier message est le suivant : il est important de s’octroyer des pauses pour souffler. J’ai du mal à évaluer ton degré de mal-être. Je préfère donc te rappeler ce simple conseil vital pour éviter des situations de dérapage. Tu parles d’intimidation, de violence. Alors, je te suggère de couper pour te préserver avant de songer aux solutions. Pour moi, il vaut mieux privilégier sa stabilité mentale et émotionnelle. Si tu devais ne retenir qu’un message de ma réponse, je t’en prie, ne retiens que celui-ci. 

Ensuite, j’ai quelques questions pour toi. Tu sembles ne pas être la seule à subir le comportement de ton collègue. As-tu parlé de ces conflits avec ton manager ? Toi ou d’autres ? Quelle est la position de la direction face à cette attitude ? A titre personnel, le terme “beurette“ ne passe pas. Clairement pas. Je ne tolère pas les insultes et encore moins celles racistes et misogynes.  C’est une attitude qui mérite une sanction. Qu’importe son niveau d’excellence ou son chiffre d’affaire ! Ce type de comportement détériore l’ambiance et risque d’être copié. 

C’est d’ailleurs un sujet qui a nous été posé sur Lik “Privilégier la performance individuelle ou la culture d’entreprise ?”. C’est une question que tu pourras poser à ton manager. Tu connaîtras alors leur positionnement. Cela t’évitera de poser un ultimatum. En fonction de leur réponse, tu sauras si oui ou non, tu souhaites poursuivre avec cette boîte. Si tu es toujours alignée avec leur culture, ton choix de rester sera évident et surtout il t’appartiendra. 

Je vois également ton expérience sous un second prisme. Pourquoi Thomas se comporte-t-il de la sorte ? Est-ce une manière totalement déplacée et maladroite d’exprimer qu’il est en difficulté ? Tu parles justement d’insécurité. Je ne cherche pas à l’excuser. Mais je reste convaincue qu’aucune tension ne résiste à une bonne communication. De toi même, tu as noté une différence d’attitude, en tout cas une évolution. Cela signifie peut-être qu’il peut changer. Et cette fois-ci positivement. Qu’en penses-tu ? 

Oui, c’est bien un appel à l’action que je te fais. Je te demande de prendre du recul sur cette situation qui te ronge. Je sais combien cela peut-être compliqué. Petite anecdote qui date de ma petite période de manager pour illustrer mon propos. Un nouveau membre de mon équipe se montrait assez agressif envers une de ses collègues. Son attitude se rapproche de celle Thomas. C’était un sacré personnage qui ne supportait aucune remarque. Je suis entrée en conflit avec lui avec la  volonté de marquer mon territoire, de ne pas me faire marcher dessus. Clairement, les mauvaises intentions. Notre relation s’est dégradée, j’ai demandé à mettre un terme à sa période d’essai. Mais d’un autre côté avec sa collègue, ils ont fini par s’entendre. Malgré son départ, j’ai vécu cela comme un échec cuisant. Au delà de ma casquette de manager, sur le plan humain j’ai clairement été fermée et égocentrique. J’ai refusé de faire l’effort de construire un dialogue apaisé. Effectivement, cela demande de prendre sur soi, de montrer l’exemple et d’avoir la force de faire preuve d’empathie, même lorsque la personne en face se montre irrespectueuse. 

Finalement, qu’importe l’issue de la situation, ce qu’on retiendra c’est notre réaction face à la difficulté. C’est normal d’être par moment submergé par ses émotions, l’important c’est de reprendre le dessus. Voilà mon conseil, Léa. 

Discute avec ton manager, avec tes collègues. Faire évoluer la situation, c’est la responsabilité de toute l’équipe. Ne reste pas à seule face à cette difficulté. Je te souhaite un dénouement juste après lequel tu seras fière de toi !

Si tu as d’autres questions, tu peux toujours m’écrire. Il y a également l’application Lik – Learning is king dans laquelle tu peux écrire à un Pool de top managers qui t’offrira plusieurs éclairages sur des situations du quotidien. 

Adèle de Lik